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Sages-femmes: un métier en difficulté

Dites nous en davantage sur la Revue les "Dossiers de l'obstétrique" ? 
Nous tenons les sages-femmes et les équipes de maternité informés de l'évolution des techniques. La formation est au cœur de nos préoccupations mais nous apportons également un regard critique, une réflexion sur le métier. Par exemple, nous militons pour que les femmes aient le choix de pouvoir accoucher à l'hôpital, chez elle ou en maison de naissance.

Quelles difficultés rencontrent les sages-femmes ? 
Le métier de sage-femme est exercé de façon très paradoxale en France. Depuis 30 ans les sages-femmes salariées des hôpitaux (une large majorité) sont cantonnées aux grossesses difficiles quand les médecins prennent en charge les grossesses normales. Voilà le paradoxe . Malgré nos compétences , nous n'intervenons souvent que sur sollicitation du chirurgien, nous n'opérons que sous sa direction. Nous avons les mêmes compétences que lui mais pas les mêmes prérogatives.

Compte tenu de cette situation, près de trois mille sages-femmes du secteur public ont abandonné un métier auquel elle étaient pourtant venues par passion. Certaines sont devenues libérales. Ces dernières années le nombre de sages-femmes libérales françaises a en effet progressé de 5% par an. C'est un statut intéressant mais la mauvaise couverture offerte par les assurances privées ne leur permet pas, pour la plupart, de prendre le risque de pratiquer un accouchement à domicile. C'est d'autant plus problématique que cette situation interdit aux femmes françaises d'accoucher chez elle.

Comment envisagez-vous l'accouchement à domicile ? 
Il est important que les femmes puissent accoucher chez elle. Beaucoup d'entre elles sont gênées par la médicalisation que leur offre le cadre hospitalier. Or les chiffres montrent que cette possibilité n'est pas donnée aux françaises malgré une demande importante. La comparaison avec les pays voisins est éloquente : en 2002, il n'y a eu que 1000 naissances à domicile en France quand en Grande-Bretagne 2 à 5% des accouchement ont lieu dans ce cadre et que cette proportion est de 28% aux Pays-Bas…

C'est la raison pour laquelle nous militons pour le développement des accouchements à domicile mais également pour la création de Maisons de naissance. Sorte d'intermédiaire entre l'hôpital et le domicile, beaucoup moins médicalisées et proposant un modèle d'accouchement naturel, ces structures ont fait leur preuve au Canada, en Allemagne et en Suisse. La France est très en retard de ce point de vue puisque de tels lieux n'y existent pas. Il faut cependant noter que vingt cinq projets sont en cours. Il était temps !

Comment expliquez-vous ce retard français tant concernant le statut des sages-femmes que la liberté d'accouchement (hôpital, domicile ou Maison de naissance) ? 
C'est certainement difficile à entendre mais on peut dire que le corps des femmes a été mis sous tutelle par les spécialistes que sont les hommes. Témoin de cette mentalité très française : le discours sur la césarienne. Les revues spécialisées la vantent. Il est dit qu'on peut d'autant moins s'en passer qu'elle évite les problèmes de périnée. C'est typiquement un discours d'homme ! !

Et puis la césarienne c'est propre, il y a peu de sang, pas de cris, la femme anesthésiée ne bouge pas : c'est tellement plus simple pour le chirurgien. Résultat : l'accouchement est presque complètement aseptisé au niveau des risques (il existe néanmoins une surmortalité des femmes et en cas de césarienne, surtout quand elle n'est pas programmée) mais aussi au niveau des émotions ressenties par la jeune maman… Les mentalités françaises doivent profondément évoluer.

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